Puja

Publié le par pandora

 


Aujourd'hui un petit texte que j'ai écrit au Ladakh, un de ces textes que je lisais le soir après le repas. Il parle d'une puja [ wikipedia: Pūjā (prononcer poudja) est le nom utilisé dans le bouddhisme pour un rituel exprimant de la gratitude envers le Bouddha, ou une déité, forme pure de l'esprit, telle que Tchenrézi, personnifiant la compassion, Manjushri, personnifiant la sagesse, etc... ] à laquelle nous avons assisté:


Le monastère de Karcha est perché sur les hauteurs du village et son approche se mérite et se fait au prix de la montée d’une volée de  marches d’escalier. A 3600 mètres d’altitude, tôt le matin pour être au monastère à sept heures pour le début de la puja.

 

Autant dire que dans ces conditions, seuls ceux motivés par une grande curiosité (à défaut pour nous touristes de dévotion) feront le voyage. Mais la puja a déjà commencé quand nous arrivons, annoncée à grands coups de sourdas trompettant dans le silence du petit matin sur les hauteurs de Karcha. Haletants mais heureux, nous entrons dans la salle de cérémonie et nous trouvons une petite place dans la pénombre de la pièce principale du plus grand monastère Gelugpa (le courant du Dalaï Lama) du Zanskar. Trois touristes sont déjà là, plus matinaux que nous et assis en tailleur sur les rangées de petits bancs recouverts de tapis, des moines de tous âges et des moinillons sont à l’ouvrage, psalmodiant leurs mantras dans une fervente dévotion, se balançant au rythme des incantations, nous observant aussi quelquefois.


Un batonnet d’encens brûle et diffuse une âcre fumée tamisant l’atmosphère, sacralisant la cérémonie à la façon des encensoirs secoués par les servants de messe dans une religion qui m’est beaucoup plus familière, celle dans laquelle j’ai été élevée.

Mon regard d’occidentale est très vite troublé par la place importante qu’ont deux petits moinillons dans la cérémonie, les porteurs du fameux thé salé au beurre de Yak. Agés d’une petite dizaine d’années, ils circulent agilement et rapidement entre les rangées de bancs, malgré leurs sandales trop grandes de deux ou trois pointures, pour verser le thé dans les bols des lamas. La spiritualité a aussi besoin de nourritures terrestres ! Dans une chorégraphie bien étudiée, ils remplissent à plusieurs reprises les bols par ordre d’importance des moines et nous en servent pour finir à nous, invités de passage, invités au partage.
A la fin de chaque mantra, les mélopées sont alors remplacées par des bruits de gorge.

La tsampa, la farine d’orge, sera servie en milieu de Puja et à la musique des mots s’ajoutera alors la gestuelle des lamas qui mélangent habilement la farine au thé pour en faire une pâte consistante qui sera leur petit déjeuner.

Bien sûr, l’essentiel est ailleurs, il est dans ces incantations psalmodiées comme sur une polyphonie, mélodie hypnotique de voix rauques et mélodieuses auxquelles se mêlent celles beaucoup plus aigues et si reconnaissables des moinillons. Incantations dites et réponses ânonnées, certaines paroles sont claires et intelligibles quand d’autres ne sont que murmures peu articulés mais toujours rythmés. Aux mots se rajoutent reniflements et quintes de toux, raclements de gorge et bruits qui n’ont plus rien de religieux. Et pourtant, de ce mélange dysharmonique nait une mélopée harmonieuse et entrainante, hypnotique et apaisante. Aucun instrument de musique pour cette puja (ce n’est pas toujours le cas) mais simplement les psalmodations pour conduire à la méditation.

Bien assise sur mon petit banc d’invitée, le dos appuyé contre le mur et les bras entourant mes genoux, j’écoute et je me laisse bercer par cette musique dont je ne comprend pas les paroles et je regarde les lamas qui ont revêtu dans ce monastère une cape et pour certains le chapeau orangés si caractéristiques des gelugpas.



Et dans mon point de mire, un petit moinillon d’environ cinq ans assiste lui aussi à cette puja, davantage en spectateur qu’en acteur. Le regard sèrieux et curieux, il jette des coups d’œil à droite et à gauche, remonte parfois le tissu parme qui lui sert de robe pour vérifier l’heure sur sa montre blanche de poignet, redescend le tissu pour s’y enfermer à la façon d’un châle ou oscille sur une hanche puis l’autre. Il a les yeux fatigués d’un petit garçon qui n’a pas assez dormi et qui s’est levé très tôt pour être là et il réprime difficilement des accés de baillements dont je ne sais si ils sont dûs à l’ennui ou à l’insuffisance de sommeil.



Un petit garçon de cinq ans qui débute depuis deux mois sa vie de moinillon.

Un petit garçon de cinq ans qui débute une vie de moine qu’on a choisie pour lui.


Publié dans Zanskar 2008

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

thaddee 07/09/2008 17:56

Dire que tu as été là-bas en vrai, c'est à peine croyable ! ce cadre grandiose, arriver tôt comme ça le matin dans les montagnes pour assister aux prières... c'est irréel et romanesque à souhait !

pandora 07/09/2008 18:04


Enfin nous avions notre camp dans le village du monastère, mais la montée a été dure pour y arriver de si bon matin ;-)
Cadre et atmosphère très dépaysants, je confirme ;-)


ddlaplume 05/09/2008 14:28

Bonjour Pandora,    Les photos sont superbes. J'ai particulièrement aimé celle qui représente le moinillon et son maître, en ombres chinoise.    Bises.    dédé.

pandora 05/09/2008 20:00


Bonjour Dédé, et merci ;-)


le bigorneau 03/09/2008 21:26

ça donne envie d'aller se ressourcer là-bas...j'aime beaucoup ta dernière photo...les deux ombres...gros bisous ...

pandora 03/09/2008 22:11



Oui, il y a beaucoup de paix et de sérénité là-bas et dans le boudhisme, j'en parlerai ;-)



caro_carito 03/09/2008 16:36

Un peu de ce calme est descendu jusqu'ici... MerciOui notre regard sur une autre partie du monde ou sur un autre temps... apprendre la réalité de notre vue sur les choses. J'ai hâte de lire le reste.

pandora 03/09/2008 22:10


Les voyages forment la jeunesse ;-)


enriqueta 03/09/2008 13:55

Très beau. Tu es douée pour les reportages.

pandora 03/09/2008 14:02


Merci ;-)