Manger pour vivre et non vivre pour manger- TCA

Publié le par pandora




Une jolie jeune femme blonde se promène dans les allées du supermarché en poussant son chariot. Un petit garçon est assis sur le petit siège rouge du caddie ; il balance d’arrière en avant les jambes qu’il a passées dans les trous prévus à cet effet. Il s’appelle Octave et tient à la bouche un doudou informe qu’il mâchonne.

Les grandes courses sont faites, et le réfrigérateur de la maison est plein de fruits et de légumes, de produits laitiers et de sources de protéines. De bons plats équilibrés en perspective pour le week-end.

Elle est revenue pour ce superflu qu’elle trouve parfois nécessaire et elle parcoure les rayons à la recherche de ce qu’elle est venue acheter.

Au rayon friandises, elle prend des gâteaux chocolatés pour le goûter et des tablettes de chocolats aux saveurs diverses et variées ; elle achète aussi un paquet de sucettes Pierrot la lune et en donne une à Octave pour le faire tenir tranquille ; elle met le paquet ouvert dans le caddie, elle le paiera lors de son passage en caisse.

Elle remarque au loin quelqu’un qu’elle reconnaît et recule dans une allée pour ne pas qu’il la voit, elle ne tient pas ce soir à s’arrêter pour discuter avec lui et préfère donc l’éviter.

Au rayon frais elle achète de la crème dessert, celle pour laquelle tout le monde se lève mais l’enfant reste bien assis à sucer sa friandise, le bâtonnet blanc dépassant de sa bouche, la main droite dégoulinant de sucre fondu.

Elle finit par le rayon surgelé et elle y prend un paquet de cônes glacés à la taille surdimensionnée (magnum) qu’elle met dans le sac isotherme ramené à cet effet en cette fin d’automne encore clémente.
L’enfant lui sourit et elle l’embrasse tendrement sur la tête, il a été bien sage et elle en est fière, mais il n’a encore que 2 ans, cela deviendra bientôt plus difficile de faire les courses avec lui.

Elle dépose les achats sur le tapis de la caisse et le petit garçonnet qui la précède regarde les marchandises d’un air envieux, regarde Octave d’un air envieux. Il emballe dans un petit sac rouge à commission aux couleurs du magasin la baguette, les yaourts premier prix et la brique de lait qu’il a achetés. Lorsque la caissière lui annonce le montant, il sort de sa poche un tas de pièces que lui a probablement donné sa mère, et dont il retire fièrement le compte exact.

Lorsqu’ils passent à leur tour, la caissière regarde Octave en lui disant qu’il a de la chance d’être gâté comme cela ; Octave lui sourit d’un air charmeur, ce sera un tombeur quand il sera plus grand. Elle emballe rapidement ses achats dans les sachets à la marque du magasin, en mettant une des tablettes de chocolat à part dans son sac à mains. Elle tape le code de sa carte bleue sans faire attention au montant annoncé.

Elle range les courses dans le coffre de la voiture, attache Octave dans son siège bébé et démarre. Elle s’arrête au bout de quelques minutes, le détache et le prend dans ses bras pour se diriger vers la porte d’une jolie maison bleue. La femme qui lui ouvre lui ressemble, et Octave tend avec ravissement ses mains vers elle en l’appelant maman. 

« Merci de m’avoir dépannée en catastrophe cette après-midi, j’espère qu’il n’a pas été trop pénible et que tu n’as pas dû modifier ton emploi du temps à cause de moi ? »

Elle la rassure en souriant et décline l’invitation pour le repas du soir, prétextant certaines choses à faire, et les courses dans le coffre à ranger. Elles discutent encore quelques instants sur le pas de la porte puis s’embrassent, Octave fait un bisou mouillé et collant à sa tante et elle repart.
Elle remonte dans sa voiture pour faire les derniers kilomètres qui la rapprochent de chez elle. En posant son sac à main à côté d'elle, elle y prend la tablette de chocolat et la pose sur le siège passager ; elle arrache le papier d’emballage et en casse une barre qu’elle croque, puis une autre ; elle roule un peu trop vite, elle est pressée d’arriver.

Elle se gare sur sa place de parking, remet ce qu’il reste de la tablette dans son sac et sort. Elle prend les 2 sacs de courses de son coffre pour se précipiter chez elle. Elle entre sans prendre la peine de se déchausser ni d’enlever sa veste. L’appartement est vide, personne ne l’attend, elle vit seule. Elle pose les sacs par terre et prend un des paquets de gâteaux qu’elle ouvre et qu’elle commence à manger ; elle prend quand même la peine de ranger les glaces dans le congélateur, le reste attendra….
Elle se réjouit à l’avance de tous ces plaisirs chocolatés dont elle va pouvoir se goinfrer, se remplir ce soir et reprend des gâteaux.
Elle farfouille dans son sac pour y chercher le ticket de caisse et en lit le montant : 22,76 euros.

Elle a été relativement raisonnable, mais se dit que, quand même, cela fait beaucoup d’argent pour être vomi. 


Je ressors ce texte (un des premiers que j'ai écrits) de mes archives parce que Mamalilou a fait un billet sur les TCA ou Troubles du Comportement Alimentaire.
Je vous avais parlé plus franchement de mon rapport compliqué à la nourriture ici, (quand sclérose rime avec névrose..) mais en fouillant un peu chez moi, j'ai retrouvé pas mal de billets sur le thème des TCA dont je vous mets les liens si ça vous intéresse:
Heureusement tous ne me concernent pas (il faut que j'en laisse un peu aux autres ;-))
Un poème appelé Accordéon (avec une video choc)
Un texte appelé Grosse
Un texte appelé solitude

Et je rajoute d'autres liens externes:
Un vers un billet de Tisseuse
Un vers un billet de Plume vive
Un vers un billet de Cardamone

Je me suis beaucoup interrogée sur la mise en ligne de mon billet "coming out" me demandant pourquoi je pensais devoir parler ouvertement de quelque chose qui me fait profondément honte. Je sais maintenant pourquoi: lire vos commentaires et vos messages m'a permis de me rendre compte que cela touchait beaucoup de monde, certaines me remerciant même d'avoir osé en parler...
Si je ne me sens pas moins honteuse de mes accès que je n'ai pas encore réussi à endiguer pour les plus récents, aujourd'hui je me sens simplement moins seule...
Mais c'est déjà énorme ;-))) Comme moi !! (désolée, je n'ai pas pu m'en empêcher)

Publié dans Scènes de vraie vie

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Cacoune 24/11/2008 23:01

Ah non ! Ni jaune, ni rouge, ni verte, ni cacahouètes au chocolat ! Na.
Mais la raclette, oui ! Depuis samedi soir...

pandora 24/11/2008 23:05



Tu es sur la voie de la sagesse petit scarabée ;-))



Cacoune 23/11/2008 13:46

J'aime bien le titre de ton billet. J'use souvent de cette phrase et je l'utilisais beaucoup avec le verbe travailler à la place de manger avant de changer de boulot quand je voulais me persuader que je ne travaillais pas trop.
Bon puis il neige ici : ça va nous permettre de commencer la ronde des raclettes et autres tartiflettes... :p
Oh hé j'rigole hein. T'sais bien.
Cacoune (2 mois que je n'ai pas mangé de de cacachouètes au chocolat jaunes autour... par contre, le chocolat truffé aux écorces d'orange de ma collègue...)

pandora 24/11/2008 20:54



Si mes souvenirs sont bons,  le titre vient de Gargantua de Rabelais.


Moi j'ai commencé les tartiflette le weekend dernier. Avant la neige!


Cacoune, bravo pour les cacahouetes jaunes (mais dois-je comprendre que tu continues avec les verts, les marrons, les rouges et tous les autres??? ;-))) Le chocolat
noir c'est plein de bonnes choses pour la santé alors piques en à ta collègue ;-)



Hélène 23/11/2008 00:39

Je crois que tu es très loin d'être la seule. Mais tes textes ne tombent pas dans le vide!
Pour ma part, c'est autre chose qui me fait honte...Mais n'avons-nous pas tous nos petites et grandes névroses?
Il est authentique, ton texte...

pandora 24/11/2008 20:36


Ce texte est authentique mais elle n'est pas moi...


Reine 22/11/2008 07:48

Oh oui Pandora, il concerne malheureusement beaucoup de monde ce sujet!
Moi la première! C'est tellement facile dans notre société de consommation où les tentations sont partout... c'est tellement facile et délicieux sur le moment de se réfugier dans la nourriture pour se consoler de nos peurs et de nos chagrins. Et la honte est immense une fois qu'on y a succombé... mais c'est trop tard n'est ce pas? Enfin pour moi qui me suis toujours refusé à me faire vomir après. Quand je m'apprête à me goinfrer aucune pensée négative ne vient troubler mon esprit. C'est une fois le mal accompli que je me rend compte de ce que je viens de faire... Je me dis que je ne recommencerais plus. Il m'est même arrivé après une séance de boulimie de jeter tout ce qui restait dans mon frigo... pour tout recommencer le lendemain... Et c'est vrai que très souvent moi aussi, j'ai l'impression d'être la seule à subir ce fléau. A regarder les autres manger normalement en me demandant mais comment font-ils?
Très beau texte, je n'irais pas lire tout de suite les autres mais j'y reviendrais. Merci de nous montrer que nous ne sommes pas seules même si ça ne nous guérit pas...
ù*^ù  contribution de Dina qui vient de marcher sur mon clavier et que je laisse pour alléger l'atmosphère de mon commentaire

pandora 22/11/2008 10:40



Merci Reine pour ta réaction mais je te précise que je ne suis pas cette femme, je ne me fais pas vomir non plus...


Ces comportements se font quand on est seule chez soi, et donc sont cachés mais je pense qu'ils sont loin d'être rares et en parler m'a permis de me sentir moins
seule voire de dédramatiser tout cela... tant pis si je regrossis...


Et merci à la jolie Dina pour sa contribution ;-)



Homéo 21/11/2008 16:14

je pourrai te dire que j'ai bien aimé te lire mais je le dis à chaque fois alors tu penseras que je ne sais pas dire autre chose
je pourrai juste te dire que j'ai lu mais tu penseras que je n'ose pas en dire plus parce que le sujet est trop "sensible" pour moi
je pourrais ne rien écrire mais ton blog ne sera pas assez "nourri" de com' 
en fait je voudrai juste te dire que ton texte est très beau, qu'il décrit la détresse et l'enfermement de manière très juste

pandora 22/11/2008 10:26



Merci Homeo d'avoir un peu nourri le blog aujourd'hui et particulièrement sur ce billet pour lequel le peu de commentaires me questionne...


A méditer pour moi...