Redif: Uruhu Peak et les neiges du Kilimandjaro

Publié le par pandora





Il est minuit et la nuit a été très courte. Quelques heures de sommeil seulement pour pouvoir assister au lever du soleil, tout là haut sur le Kilimandjaro.
Il fait nuit et très froid. Mais le réveil a été facile. Pas de couette dans laquelle on préfère rester couché bien au chaud mais un sac de couchage sur un tapis de sol; sous une tente. Ca ne vaudrait même pas un trident de confort au Club Med ;-)

 
Nous mangeons un peu, sans réelle faim mais parce que la journée va être longue et l’effort intense. On apperçoit dans la nuit noire une guirlande de points lumineux, les lampes frontales des trekkeurs qui ont campé plus près du départ vers la montée et qui ont entamé les lacets de l'ascension. Vision magique que ces lumières, avec au-dessus de nous les constellations des étoiles dans le ciel, ce ciel qui ici n’est pas « pollué » par les lumières des villes, ce ciel dont nous allons nous rapprocher très près…  Si le soleil a rendez-vous avec la lune, nous nous avons rendez-vous avec le soleil. Il nous faut donc partir, la route est longue et le lever de soleil n'attendra pas.

Et nous commençons donc notre lente montée vers le sommet, à la file indienne, l’un derrière l’autre, menés par notre guide Godliving. La montée est raide au départ pour devenir plus douce quand commencent les lacets; il fait très froid et l’oxygène est rare. Chaque pas est effort, chaque pas est de plus en plus difficile. Plus que le précédent et moins que le suivant. Je me surprends à penser à  tous ces desserts dont je n’ai pas réussi à me passer ces dernières semaines, je commence à regretter ces kilos superflus que je vais devoir emporter avec moi au sommet. Quoiqu’il m’en coûte. Et je le paye comptant à prix d'or. Bien fait pour moi !
L’effort est physique mais aussi (surtout ?) mental. Tenir et ne pas céder, ne pas abandonner. Je veux aller au bout, je veux monter en haut. J’y arriverai. Le temps passe, le petit matin avance. Nous faisons régulièrement des petites haltes, pour reprendre notre souffle. Nous doublons certains marcheurs et nous nous faisons dépasser par d’autres.


Mais je souffre de l’altitude, vraiment. Ce mal de montagne que je craignais tellement. Je souffle et je souffre. J’ai mal à la tête et mon guide est attentif. Nous continuons tant que je ne commence pas à voir des éléphants roses !

Le type de sol change et la montée en devient encore plus difficile, je glisse, je m’enfonce, je dois faire des efforts supplémentaires. Malgré la fatigue qui se fait sentir, malgré l’altitude qui n’en finit pas d’augmenter, malgré l’oxygène qui n’en finit pas de diminuer. Je sais que c’est le dernier passage difficile avant Stella point, qu’après la montée redevient montée et ne sera plus calvaire. Alors je m’accroche.

Et nous arrivons alors au point de convergence des 2 voies d'ascension où nous sommes rejoints par les marcheurs qui sont venus par la voie Marangu, réputée plus facile mais moins belle que la voie Machame que nous avons empruntée. Le sommet approche, la neige est de plus en plus présente et les glaciers apparaissent, ces neiges du Kilimandjaro qui fondent inexorablement année après année.



Je sais que je vais y arriver, que je touche au but. J'admire les glaciers alentours dont la couleur change avec le début du lever du soleil. Les gris prennent des couleurs orangées et rosées, le jour se lève. Les couleurs du jour. Le soleil est au rendez vous avec la lune. Je goute à la vue malgré le froid et le vent glacial.
Les plus vaillants du groupe accélèrent mais moi je ne peux pas, je suis déjà en pilotage automatique. La vision est splendide, les couleurs de l’horizon changent, les glaciers autour s’illuminent. Il n’y a pas de mer de nuage comme je l’imaginais mais c’est magnifique. Le sommet de l’Afrique. Si près du ciel.


Et nous sommes à l’heure pour le lever de soleil !

Uruhu Peak, 5895 mètres : Photo !
Nous ne resterons pas longtemps cependant car à cette altitude l'air est tellement appauvri en oxygène que cela en devient dangereux pour l'organisme, il nous faut donc bien regarder  autour de nous, pour profiter de ce moment magique, unique…. et mérité. 




J’ai de plus en plus mal à la tête et suis de plus en plus nauséeuse, saleté de mal des montagnes qui me gâche un peu le spectacle. Non je ne suis pas vraiment à la fête et je réussis juste à boire quelques gorgées de thé bien sucré, pour me requinquer et me donner des forces. Un seul remède, simple et efficace : redescendre, et vite.
Nous entamons donc la descente, rapide, tellement rapide, et facile, tellement facile, après cette si difficile ascension. Nous descendons mais je dois assez brutalement m’arrêter pour rendre ce thé que j’avais bu au sommet et qui me restait sur l’estomac. Une sorte d’offrande à la montagne, en plus des quelques neurones que j’ai grillé là-haut. Des neurones que mon intruse ne pourra plus me prendre ! 
Un cadeau pour la remercier de ces émotions qu’elle m’a permis de vivre, de ces ces magnifiques images, de ces instants volés, hors du temps, qui deviendront des souvenirs marquants. Godliving m'apprend que nous sommes assez nombreux à faire ainsi une offrande à la nature ;-)


Et tandis que nous reprenons notre descente je redécouvre à la lumière du jour ces paysages que je n’avais pas pu distinguer lors de la montée à la lueur de ma frontale, ces couleurs qui se dévoilent, ces pentes qui se découvrent (heureusement que l’ascension se fait de nuit, car voir la raideur de certaines pentes m’aurait coupé les jambes). Nous allons vite car le guide est inquiet, les autres membres du groupe sont derrière et prennent leur temps.
Et nous croisons tous ceux qui n’ont pas encore fini de monter, ceux qui seront en retard à leur rendez-vous avec le lever de soleil, ceux qui moins rapides en sont encore à souffler, à peiner, à avancer pas à pas. Ceux qui montent encore parce qu'ils ne veulent pas abandonner.  Et tous les autres, ceux qui sont assis et qui  n'arriveront ni à Stella Point, ni à Uruhu Peak. Trop difficile...



Aujourd'hui encore, quand j’ai envie de tout lâcher, je repense à cette femme entrevue alors que j’avais déjà bien entamé la descente, et qu’elle était donc encore loin du sommet. Marchant lentement du pas de l’empereur, un guide à sa droite, un guide à sa gauche, qui la soutiennent et l’encouragent. Montant doucement, presque majestueusement, avec toute la force de ses dernières forces, avec toute la force de sa volonté. Cette femme résolue, le visage marqué par la souffrance mais qui est arrivée au sommet. J’en suis sûre.
Parce qu’elle aussi le voulait tellement. Le voulait vraiment.
Cette femme n'abandonnera jamais.

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fab 23/11/2008 20:42

c'est vraiment magnifique, un souvenir inoubliable :-)
big bisous

pandora 24/11/2008 21:04


Oui, un souvenir très fort ;-)


Jakline 17/11/2008 20:47

Te voilà en vraie aventurisinière, un bel exploit ma chère. Et je ne dis rien des photos... ça ma laisse rêveuse.

pandora 17/11/2008 22:59


Pas vraiment de problème de cuisine sur le trek, on est chouchouté et un cuisinier s'occupe des repas Il n'y a qu'à marcher, pour le reste on est comme des coqs en
pate ;-)


Reine 17/11/2008 07:02

J'ai des frissons partout... A la vue de tes magnifiques photos, à la lecture de ton texte prenant et poignant, à la conclusion de cette expérience.

pandora 17/11/2008 22:21


Tu es sûre que tu ne devrais pas simplement monter ton chauffage ;-)
Je plaisante, merci pour tes mots


mimik 16/11/2008 21:28

magnifique! merci

pandora 17/11/2008 22:09


Merci à toi de ta fidélité Mimik ;-)


Tisseuse 16/11/2008 20:36

c'est magnifique !tout !les photos, le récit, le témoignage et la volonté d'aller jusqu'au bout !superbe :))))

pandora 17/11/2008 22:07


Merci beaucoup Tisseuse, j'ai mis beaucoup de moi dans ce texte c'est pour cela que j'avais envie de le faire remonter des fonds de blog où il prenait la poussière
;-)