Amnésie

Publié le par pandora

 

Illustration de "Princesses oubliées ou inconnues"

(de Philippe Lechermeier et Rébecca Dautremer)

Samedi soir approche et je me réfugie dans l’écriture pour ne pas y penser. Un troquet sympathique pour y boire un coup avec Momots et ses potes, une petite librairie de quartier pour y trainer en lisant les quatrièmes de couverture. Un conte de Noel aussi pour me glisser pendant quelques heures dans la peau de l’enfant que j’ai été et croire à la magie des fêtes ; même si j’y ai aussi glissé un peu de ma noirceur d’adulte. Je ne crois plus au Père Noel.

Tout pour m’occuper l’esprit plutôt que de me laisser envahir par mon intruse. Tout surtout pour ne pas me laisser gagner par la peur qui va avec. La peur de ce qui pourrait arriver. La peur de la déchéance. La peur de reprendre les injections. La peur de replonger dans la dépression. La peur de craquer. La peur de tomber le masque du « tout va bien je vais bien » que j’arbore dans ma vraie vie.

Cette peur que je sublime dans mes textes et mes poèmes, cette peur qui m’a amenée à écrire. Mais même si j’arrive à la transformer en mots, me lançant de mon écriture pleine d’emphase dans quelques envolées lyriques, la réalité est bien là. Le handicap et la déchéance ne sont romantiques que sur le papier...

Arrêter mon traitement me permettait de fuir une idée de futur que je trouve beaucoup trop angoissante. A la façon du « Pas de bras, pas de chocolat », je me disais « Pas de traitement, pas de maladie ». Je me mentais parce que c’était plus facile ainsi. Je me mentais parce que je ne pouvais plus faire autrement.

Pendant longtemps j’ai donc fui pour vivre mes rêves et ne rien regretter quand la réalité me rattrapera. Lire, voyager, jouer à des jeux vidéos, marcher, écrire, manger. Aimer, pas assez. Tous les moyens sont bons, pourvu que je n’aie pas à penser. Tous les moyens sont bons, pourvu que je n’aie plus peur. L’illusion de l’oubli puisque mon intruse occupait toujours, au fond, mes pensées.

J’ai donc choisi d’arrêter de me mentir, même si ça me coûte et que je préfèrerais replonger dans ma douce amnésie, même partielle, celle qui anesthésie, même seulement un peu :

Charybde –Scylla – Charybde – Scylla – Charybde – Scylla – Charybde – Scylla – Charybde – Scylla – Charybde ?

Certains choix n’en sont pas vraiment.  Ma peur de la reprise du traitement est en tout cas moins forte que celle de la maladie.

Demain je reprendrai mon petit rituel du samedi soir. Place à la réalité.

Elle ne m’empêchera pas de continuer à vivre mes rêves. Sur le papier mais aussi dans la vie.

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mamalilou 03/12/2008 00:25

yess il y a des conclusions que j'aime.charybde et scylla, c'est pas souvent que je les vois écrites justes!!!lollà je dis plutôt pire et moins pire...c'est souvent que l'on doit faire des choix pas toujours très enthousiasmants, mais bon, tant qu'on a le choix, c'est déjà bien.C'est ce que je dis aux enfants en tous cas.La force soit avec toi

pandora 03/12/2008 09:25


Merci mamajedi ;-)
J'ai vérifié l'ortograf pour ne pas faire de fotes


bataillou reine marie 02/12/2008 15:12

si on a besoin d'un traitement pour mieux vivre, il faut le prendre.
l'angoisse et la peur en permanence cela doit être terrible à vivre

fab 30/11/2008 22:59

je n'ai pas les mots et je me sens un peu bête juste mon amitié pandora :-)
big bisous

pandora 01/12/2008 07:33



Pourquoi te sentir bête, tu n'y es pour rien ;-)))


Merci pour tes mots, c'est beaucoup pour moi ;-)



Angel 29/11/2008 10:35

Je me sens toujours désemparée et impuissante face à la maladie,des autres,qui demande une telle énergie de leur part;un tel investissement de vie !nous sommes tout petits...et je pense à toi ,je t'envoie plein d'ondes positives et de force pour vaincre cette saloperie.

pandora 29/11/2008 11:44



Il n'est pas besoin d'être malade pour avoir des peurs et des soucis, pour devoir se battre dans sa vie. La vie est un combat. On a tous nos croix, je le pense
sincèrement.


Merci pour tes mots ;-)



Cacoune 29/11/2008 10:07

Et moi j'suis là à me plaindre de ma peur du vide...
Je t'envois du soutien et des poils de chat (oui pasqu'il n'arrête pas de me coller ce matin et que j'en ai plein la bouche!).

pandora 29/11/2008 11:32



Il n'y a pas de peur plus respectable qu'une autre Cacoune...


Certains ont légitimement peur de mourir parce qu'ils sont atteints de maladies qui peuvent tuer ce qui n'est pas le cas de la sclérose en plaques... Ca n'enlève
rien à ma peur du handicap. Ca n'enlève rien à ta peur du vide.


Je ne te demanderai pas ce que tu as fait avec ton chat pour avoir des poils dans la bouche ;-)