Le retour des prédateurs

Publié le par pandora

Une variation plus sombre sur la consigne de la semaine des impromptus

Je ne veux pas le croire, je ne peux pas le croire. C'est tout bonnement impensable.

Ils ne peuvent pas déjà être sortis, ça s'est passé hier...

Enfin j'ai l'impression que c'était hier en tout cas tant le déroulement de cette journée reste gravé précisément dans ma tête. Je peux la raconter en détails, minute par minute, de l'inutile à l'important. Même si  je n'arrive toujours pas, aujourd'hui, à parler de l'essentiel.

Il est des impossibles qui le restent.

Je secoue la tête en lui disant qu'il se trompe, j'essaye de me convaincre que des murs solides et des barreaux épais me séparent encore d'eux. Que la justice les garde encore sous sa coupe.

Que des codétenus peut-être - comme je l'espère en tout cas- leurfont vivre ce qu'ils m'ont fait endurer à moi hier. Il y a dix ans.

Et voilà que Maxime m'annonce le retour des prédateurs, la sortie de mes bourreau.x Aujourd'hui.


- Il fallait que tu le saches et je préférais te l'annoncer moi-même...


Je le repousse alors qu'il essaye de me prendre dans ses bras comme je l'avais fait pendant des années, refusant tout contact. Avant de me laisser doucement réapprivoiser à la façon d'une biche blessée.

Je ne veux pas qu'il sente combien je tremble de tous mes membres, je ne veux pas qu'il se rende compte que mon corps n'a rien oublié. Je ne veux pas qu'il se rende compte combien j'ai peur.

Je les imagine retrouvant les leurs, les serrant dans leurs bras, les embrassant probablement. Souriants et heureux. Même les salauds ont une famille.

Et ils auraient payé leur dette à la société ?

Et ils ne me devraient désormais plus rien ?

On se serre la main et on fait la paix ?


- Où tu vas Sophie ? Tu veux que je t'accompagne ?

Je prends mon sac et ma veste et sors sans un regard pour le porteur de mauvaise nouvelle. Je claque la porte derrière moi. Il y a dans mon sac à mains un pistolet dont j'ai appris à me servir depuis notre rencontre. Mon objet contra phobique.  La seule chose qui m'ait permis d'oser enfin ressortir de chez moi. Seule. Au bout de sept longues années.

Il est temps que j'aille moi-même encaisser la note. Je ne veux plus me sentir suivie, je ne veux pas regarder sans arrêt derrière moi en marchant dans la rue, je ne veux pas les croiser chez le boulanger.

Je veux les faire disparaître de ma vie.

La proie va tuer les chasseurs.

Commenter cet article

Oxygène 08/03/2009 18:37

C'est un texte très noir en effet dans lequel on ressent bien l'angoisse de la femme ainsi que son écoeurement à l'idée que la vie va reprendre pour l'agresseur comme si de rien n'était.J'espère que ce texte n'est que fiction pour toi et que tu ne souffres pas d'une telle angoisse... C'est très bien écrit en tout cas et je crois que dans une même situation ou dans une situation similaire j'aurais un revolver dans un coin de mon coeur...

pandora 09/03/2009 07:52


Ce n'est pas mon histoire, non. De la fiction pour moi, heureusement


thaddée 08/03/2009 11:49

Wouf. Vengeance à l'horizon. Règlements de comptes. Elle  se paie de ses souffrances, ils ne nuiront plus à personne. Et tout est dit.

pandora 09/03/2009 07:42


La vengeanc, oui, et un nouvelle spirale de victimes et d'envie de vengeance qui repart ....
Difficile tout ça


ddlaplume 08/03/2009 11:42

Bonjour Pandora,   Lorsque vient l'heure de la libération du prédateur, la cicatrice de la reconstruction s'entrouve avec douleurs.   Alors ressurgit dans la mémoire, tout le poids de cette souffrance que l'agresseur a semé.   La salissure laissée par ce salaud ressurgit de nouveau, avec son cortège amer de dégoût.   Une grande envie de vengeance purificatrice renaît, avec cette liberté du violeur.   Bises.   dédé.

pandora 09/03/2009 07:40


Bonjour Dédé,
Je ne sais pas de quoi cette femme avait été victime, vous pensez tous au viol, mais ça aurait pu être une agression, je n"ai fait que suggérer (bon pour être honnête c'est à ça que je
pensais)  ;-)
Mais oui, quel que soit le crime, ça doit être terrible de voir sortir son agresseur de prison même si ils onbt purgé leur peine et ont été punis
Bises et bonne semaine


Bigornette 07/03/2009 18:49

L'art et la manière de se retrouver ensuite derrière les barreaux... mais on peut comprendre... j'y pense parfois... ça doit être dure pour certains, la sortie de prison de leur agresseur...un bel écrit... bisous bonne soirée;..

pandora 09/03/2009 07:36


Bonne semaine Biogrnette, oui ce doit être très difficile pour les victimes de voir sortir leur bourreau


Thierry Benquey 07/03/2009 09:26

Bien vu. J'ai toujours refusé de détenir une arme car je sais que l'avoir signifie d'etre pret à s'en servir. Ceux qui possèdent une arme sans avoir envisagé cette éventualité sont des imbéciles et se préparent à vivre de grands malheurs.AmitiéThierry

pandora 07/03/2009 18:13


Oui, c'est vrai que la tentation peut-être grande de s'en servir... même si beaucoup y résistent
Bon week end Thierry ;-)