La cuillère de Raymond

Publié le par pandora



Si mon amour pour l'Afrique remonte à très loin, avec Le Lion de Kessel,  je n'ai eu l'occasion d'y aller vraiment qu'à la fin de mes études théoriques, dans le cadre d'un stage suivi de vacances à Madagascar (en théorie, c'était 2 mois de stage ;-)) Mais Madagascar, ce n'est pas tout à fait l'Afrique Noire, c'est un mélange d'Inde, d'Afrique, de Comores et de Réunion... Une ile vraiment à part qui m'a donné le goût des voyages et des rencontres mais qui n'a pas rempli mon désir d'Afrique.

La vraie Afrique je l'ai découverte plus tard, par l'un de ces heureux hasards par lesquels la vie a été plutôt généreuse avec moi. Une petite annonce dans une vitrine de ma fac proposait d'accompagner un groupe de profs et de jeunes lycéens pour 3 semaines dans la brousse burkinabaise. Je ne sais pas pourquoi j'ai lu cette annonce et encore moins ce qui m'a donné le courage de m'engager dans ce projet avec ces profs que je ne connaissais pas du tout et sur une période aussi longue, mais Madagascar m'avait ouverte aux voyages et rendue intrépide. Je m'étais aussi dit que des gens qui partaient pour ce type d'aventure ne pouvaient être qu'intéressants, et je n'ai pas du tout été déçue ;-)

Cette longue introduction parce qu'étant en panne de textes, je ne sais pas quoi vous mettre comme billet et que mes séjours africains ont été à l'origine de beaucoup d'anecdotes savoureuses. En voici une qui nous fait encore beaucoup rire... une histoire de cuillère...


C'était mon premier séjour burkinabé et je me familiarisais doucement avec l'équipe des profs et des élèves. Nous étions arrivés depuis quelques jours et nous prenions le repas du soir dehors, dans la cour de l'école où nous logions, évitant simplement les cantarides, de redoutables insectes volants qui laissaient des brûlures sur la peau. Et essayant d'éviter les piqures de moustiques. Chacun avait amené ses couverts, une assiette et un gobelet et avant de s'installer pour manger on cherchait ses outils dans la grande bassine collective recouverte d'un linge où ils étaient rangés après chaque vaisselle. On s'installait alors sur l'un des cinq grands bancs disposés en cercle en attendant qu'on nous apporte le repas concocté par l'équipe locale sur la grande table placée au centre dudit cercle et que chacun se précipite aille se servir. Ce soir là, j'avais eu une grosse journée et je m'étais douchée tard, l'une de ses douches magiques au clair de lune avec un godet et un seau d'eau tiède. J'avais donc pris rapidement mes outils pour manger avant de m'asseoir et je discutais avec mes profs préférées.

Nouvelle arrivante dans cette équipe qui se connaissait bien, j'étais encore intimidée par certains des adultes du groupe, dont un redoutable professeur d'économie à l'humour caustique, que j'appellerai Ray, capable du meilleur comme du pire. Le pire en l'occurrence puisque ce soir là, il ne retrouvait pas sa cuillère et tempêtait contre le manque de politesse de ceux qui ne respectaient pas les affaires des autres. Il avait bien une cuillère pour manger, mais ce n'était pas SA cuillère. Il criait et s'énervait contre les jeunes qui le regardaient sans rien dire et nous assistions affligés au spectacle, certains essayant de le calmer. C'est en regardant mes couverts que je fus saisie de sueurs froides : ma cuillère n'était pas ma cuillère. L'horrible personnage qui ne respectait pas les couverts de Ray, c'était donc moi... Après cette diatribe, et bien que je fasse partie des adultes (même si je n'étais pas beaucoup plus âgée que certains jeunes), je ne me voyais absolument pas affronter le terrible Ray aussi je planquais lâchement la cuillère dans mon dos et le laissait continuer à casser du bois sur les ados irrespectueux... En plus c'est vrai que des fois ils sont irrespectueux, non ? ;-)

Sauf que pour calmer le colérique Ray qui n'en finissait plus de s'énerver, une des profs lui proposa  de passer vérifier auprès des élèves s'il ne les croyait pas quand ils lui disaient qu'ils n'avaient pas pris la cuillère. Sauf que moi ça ne m'arrangeait pas du tout, mais pas du tout du tout ! Je m'imaginais prise la main dans le sac et décapitée en place publique. La honte !

Heureusement Ray ne le fit pas, calmé par l'arrivée du repas. Je donnais alors discrètement un coup de coude à ma voisine en lui montrant l'objet du délit pour ce qui fut un grand moment de complicité et l'occasion de vrais fous rires depuis. Il parait que j'avais l'air coupable et penaud d'une gamine de cinq ans prise la main dans le pot de confiture. Je n'avais en tout cas pas du tout envie de rire ce soir là, même si cette histoire nous a fait beaucoup rire depuis. Le repas fut excellent, mais je n'utilisai pas ma cuillère pour manger... et la mis très discrètement dans la bassine accueillant la vaisselle sale à la fin du repas.

Je suis repartie ensuite pour deux nouveaux séjours avec cette équipe et l'inimitable Ray, mais ce n'est que très récemment que je lui ai avoué que c'était moi qui avait sa cuillère ce jour là ;-)

Il ne m'a même pas assassinée ;-)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Cacoune 26/04/2009 14:09

Elle avait quoi de spécial sa cuillère ? Elle était profilé, auto-propulsé, en or ou bien en argent peut être ?Il était surtout fatigué et affamé ce soir-là, non ? :o)

pandora 26/04/2009 19:26


Ce qu'elle avait de spécial, c'est que c'était la sienne ;-)
Affamé, c'est trè probable, on a tous perdu beaucoup de poids lors de ce séjour (moi ça m'arrangeait ;-))


Tisseuse 25/04/2009 08:05

je m'imagine exactement dans la même situationcomme je ne suis pas visuelle, j'aurais bien pris une cuillère....tout bêtement pour une cuillèrej'ai bien ri à lire ta mésaventure :o)

pandora 25/04/2009 08:43


En fait chacun avait essayé de personnaliser le manche, surtout quand la moitié des élèves avait acheté ses couverts au rayon camping de décathlon ;-)
Et pour moi, je m'en fichais de la cuillère, l'essentiel était que j'aie une cuillère. J'suis pas une fille compliquée... en tout cas pas pour ça 
;-)


fabienne 24/04/2009 21:13

OH LOA OA LA VOLEUSE!!!Faute avouée est a moitié pardonnée non?cool tes aventures en Afrique 

pandora 24/04/2009 22:10


Oui, et même complètement pardonnée ;-)
Je l'avais empruntée, pas volée... ;-)


Oxygene 24/04/2009 10:35

Comme tu as bien fait de nous raconter cette histoire de cuillère Pandora.... Je ris en t'imaginant planquer la cuillère dans ton dos et trembler de trouille à l'idée d'une "fouille".... Non mais, c'est vraiment trop drôle !Tu as bien fait de raconter au dit-Ray cette histoire. N'êtes-vous pas devenus plus complices depuis ? S'il n'a pas été capable d'en rire c'est qu'il doit avoir un problème...  Bisous

pandora 24/04/2009 17:15


J'aime beaucoup Ray, mais je ne crois pas que complice soit l'adjectif qui qualifie le mieux notre relation ;-)
Bisous et bon week end