Un dimanche pourri

Publié le par pandora

Je ne voulais pas y aller, je ne le sentais pas. Un mauvais pressentiment.

Passait encore de se lever à cinq heures un dimanche, mais marcher sous la pluie, non ! Sauf que bien sûr, Monsieur savait tout mieux que moi. Comme d'habitude. Il est tellement plus intelligent ! Si la météo annonçait du beau, il ne pouvait y avoir que du soleil ; le vent allait souffler tous les nuages et la pluie allait cesser. Pas question pour lui de changer le programme de la journée pour sa moitié, fût-elle aussi belle et désirable que moi.

Un dimanche pourri s'annonçait.

Il pleuvait encore quand nous partîmes, mais c'était probablement parce que le vent n'était pas encore levé. Lui avait la chance de pouvoir faire la grasse matinée. La circulation était particulièrement fluide et au bout de deux heures de route, nous arrivâmes au point de départ de la randonnée. Il pleuvait des cordes. « Ca va se dégager... ». Mais oui, mais oui ! J'enfilai ma cape de pluie (que j'avais prise par précaution) tandis qu'il remontait la capuche de sa veste, qui ne le protègerait pas longtemps des intempéries. Voilà ce que c'était quand on croyait aux charlatans et à leurs prédictions. Moi, pauvre blonde décérébrée, j'étais au sec et je ne manquais pas de lui faire remarquer perfidement.

Nous commençâmes à marcher, le chemin était boueux et glissant, et nos pantalons furent très vite maculés d'une substance brune et collante. Il ne semblait pas y prêter d'importance, il avait besoin de sortir s'aérer après ses semaines de plus de cinquante heures passées dans le stress et les bureaux. Je me demandais pourquoi il s'était fait réformer alors qu'il avait l'air d'apprécier tellement la marche forcée. Je le suivais en ronchonnant, dérapant et manquant plusieurs fois de tomber sans qu'il ne s'en inquiète. Monsieur menait la randonnée comme son entreprise : sans se soucier des autres. Marche ou crève. Nous arrivâmes à un passage en descente, très délicat par ces conditions climatiques et je l'appelai pour lui demander de m'attendre, mais il s'en fichait. J'accélérai pour essayer de le rattraper.

Je ne sais pas ce qui m'a pris. Etait-ce la grosse pierre, instable, qui avait l'air de n'attendre que mon intervention pour dévaler la pente ? Etait-ce la pluie qui m'avait mise de mauvaise humeur ? Etait-ce l'assurance vie que mon mari avait contractée à notre mariage ? Ou était-ce tout simplement la maladresse qui m'avait poussée à revenir sur mes pas et à pousser le rocher dans le vide comme j'avais prévu de le faire croire? Qu'importe, la pierre a roulé vers le bas, emportant mon malheureux mari dans une chute funeste de plusieurs dizaines de mètres. Triste dimanche qui faisait de moi une veuve. Joyeuse.

Sauf que par ce temps pourri, un groupe de marcheurs n'avait rien trouvé de mieux à faire que de sortir se promener. Ils m'avaient vu pousser la pierre, me faisant ainsi passer de la virtuelle « riche veuve » à la trop réelle « criminelle incarcérée »

Je savais bien que ce serait un dimanche pourri.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

mamalilou 25/07/2009 01:13

que la chute n'ait pas plu... c'est un combleau moins elle, elle n'a pas plu...non non, c'est très très bien comme ça...

pandora 29/07/2009 17:42



Tant qu'elle t'a plue ;-)


mariev 24/07/2009 10:56

hé!hé! tu es décidément affreuse c'est tellement bien vu que ça mériterait d'être un peu développé, avec quelques dialogues savoureux à la clé ... Comment ça, j'en demande trop ?Bisou!   ;)

pandora 24/07/2009 21:50


Mais oui, complètement affreuse, tu as vu mon vrai visage maintenant ;-)
Pour ce texte, je devait écrire en moins de 3000 signes, donc je me devais d'être courte (ce qui m'arrange en général ;-))
Bisous


nina de zio peppino 23/07/2009 11:49

J'adore ce genre de dénouement…

pandora 24/07/2009 21:31


Une petite chute pour une grosse chute ;-)


Martine27 22/07/2009 18:14

Ah ça il y a des jours où il vaut mieux ne pas se lever ! Tu aurais pu rester parfaitement amoral et oublier les autres promeneurs !

pandora 24/07/2009 21:30


Il me fallait une chute, sinon je serai restée complètement amorale, j'adore ça gniark gniark gniark ;-)


Oxygene 21/07/2009 23:53

Rêve ou cauchemar, c'est comme d'hab très bien raconté et avec un humour (féroce) que j'adore... En tout cas, on n'a pas idée de randonner sous la pluie... C'est dangereux ça.... On ne peut pas savoir à quel point ça irrite les p'tits nerfs....  Bises à toi Pandora et la prochaine fois que tu randonnes, au lieu d'assassiner ton mari, croque une barre de chocolat (ça déstresse...)  

pandora 24/07/2009 21:29


Je vais t'écouter et me défouler sur du chocolat plutôt que sur mon homme ;-)
Bises et bonnes vacances