Groupetto 2 le retour

Publié le par pandora

Le groupetto s’est vite reconstitué.

J’ai retrouvé par hasard Yannick dans le pourtant très grand aéroport de Frankfort par lequel nous transitions, alors qu’il s’apprêtait à croquer dans son sandwich. Puis nous avons retrouvé Isabelle à l’embarquement. Nous avons repris nos discussions comme si nous venions simplement de les interrompre, sans silence gênant mais avec au contraire le réel bonheur de se retrouver. Il nous a fallu en revanche attendre le matin pour retrouver Anita à Delhi, elle en terminait avec un groupe à Leh  avant de s’occuper de nous, des clients pas tout à fait comme les autres puisque les liens que nous avions tissés étaient plus étroits. Là encore, l’émotion était au rendez-vous. Les mêmes, une année plus tard ; ce qui n'était au départ qu'une simple proposition jetée par mail, comme on dirait banco, devenait réalité.


J’ai vite repris ma position calée dans les pas de Yannick sherpa dont je peux précisément décrire les chaussures, mieux que certains paysages car quand la montée devenait trop rude, il m’aurait été trop décourageant de regarder ce qui restait à grimper. Un pas après l’autre, doucement, sans réfléchir.

 


J’étais très angoissée par ce voyage, et si cela faisait rire mon entourage qui avait l’impression de réentendre ce que je disais lors du trek précédent, j’avais un mauvais pressentiment… Un peu comme en 2003 avant le tour des Annapurnas quand j’avais fait ma première poussée et été diagnostiquée sep. Je doutais sincèrement de pouvoir monter à près de 5600 mètres quand j’avais commencé à souffrir du mal des montagnes lors du trajet en voiture (!) et que j’étais beaucoup trop lourde et mal préparée. Je doutais d'aller au bout, je me disais que j'allais goûter au parfum amer de la défaite.

Je m’en étais ouverte la veille de la grande ascension à Anita qui m’avait rassurée en me redisant que ce trek n’était pas plus difficile que celui de l’année précédente.

J'ai monté vers le Pareng La, dans les pas de Yannick, puis ceux d’Anita, tout doucement, tout tranquillement, sans regarder ma montre ni la pente, puisqu’il fallait aller au bout. Jusqu'à ce que je voie le chorten et les drapeaux de prières qui signaient l'arrivée. L’esprit de groupe était au rendez-vous et si les accolades des autres marcheurs au Col étaient toutes sincères, les membres du groupetto et Anita savaient plus encore que les autres le poids et la valeur que cela avait pour moi. La vue sur le glacier et la descente dans la neige ont été la cerise sur le gâteau.

 


Et à chaque col, à chaque difficulté, j’ai pu compter sur mes amis, être là pour Isa aussi, quand elle était à la peine même si je ne pouvais la délester de son sac. J’ai été émue quand JC et Benoit, les 2 « meilleurs marcheurs » sont venus nous accueillir en revenant sur leurs pas à l’issue d’une journée marathon inattendue, pour nous encourager et nous dire que nous étions près du campement.


J’ai été touchée quand lors de l’ascension du col Kyamanuri de 5400 mètres, alors que je m’écartais de la file du groupetto qui comptait 6 marcheurs  en cet avant dernier jour de marche, Véronique refusa de passer et s'arrêta : « Nous avons commencé cette montée ensemble, alors nous la finirons ensemble. Nous t'attendons ». Ce Col pour lequel je faiblissais, fatiguée, sous la pluie transformée en neige, c’était celui sur lequel je voulais accrocher « mon » drapeau, celui contre mon intruse, et pourtant j’avais failli lâcher. Boostée par ces encouragements, j'ai alors repris la file dans les pas de Yannick qui a encore ralenti son allure et nous avons grimpé la petite demi-heure qui restait avant le sommet.


 

D’abord déçue parce que j’avais failli lâcher à un moment pourtant important, j'avais l'impression d'avoir baissé les bras devant ma maladie, je me suis ensuite dit que peut-être il y avait une leçon à tirer de tout cela. Que même si je marchais "seule", et hissais mes kilos à la force de mon mental et de mes mollets, c’est aussi parce que j’étais (sup)portée par le groupetto et les autres membres du groupe que j’ai pu aller au bout. Je ne sais pas si j'aurais réussi sans eux.

Dans la vie comme dans la marche, à plusieurs, on est toujours plus fort.

Dans la vie comme dans la marche, on se sent plus léger quand on partage un peu de ses peines avec les autres.

 

J’ai la mauvaise habitude de garder beaucoup de ce qui ne va pas ou concerne mon intruse sans le confier à mes proches. A moi de mettre cette jolie leçon en pratique.

PS: Merci à Nicole pour ses photos du groupetto :-)

Publié dans Spiti 2009

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fée des agrumes 25/09/2009 12:35


Je n'en attendais pas moins de toi, je savais que tu réussirais


pandora 25/09/2009 13:18


 Moi non... ;-)


Firgae 15/09/2009 00:31

J´ai enfin lu tes billets depuis ton retour, y compris le dernier... Et je choisis d´écrire ce comm ici!Je t´embrasse bien fort

pandora 15/09/2009 06:44


Coucou Firgae, c'est marrant que tu passes aujourd'hui, les grands esprits se rencontrent... tu comprendras demain ;-)
Bises


Thaddée 13/09/2009 18:26

La solidarité ça doit être quelque chose tout là-haut, sur ces pentes caillouteuses, pelées, neigeuses, pluvieuses ! L'esprit de groupe t'a permis de poursuivre et de gagner Pandora. Mais il en faut du courage pour monter si haut, marcher si longtemps dans des conditions si... difficiles.

pandora 13/09/2009 19:01


Des conditions de montagne, simplement mais oui, l'esprit de groupe m'a bien aidée ;-)


Xanadu 12/09/2009 13:46

Tu disais que ton blog était éloigné de l'écriture. Hormis le fait que cela ne change rien à l'appellation "étagère aux grenouilles", crois-le ou pas, cet article est plus émouvant pour moi que certains textes littéraires en général. Pourquoi ? Parce que même si je ne te connais pas, tu racontes les choses avec énergie et passion, et tu le fais bien. J'ai eu des images de type ciné dans la tête, car c'était beau comme un happy end d'un film introspectif en montagne ou je ne sais quoi. Bref, tout ça pour dire que ta bonne humeur est communicative au travers de tes mots et qu'à partir du moment où ceux-ci sont forts et couplés avec un fond intéressant... C'est probablement mieux que de la simple écriture !(Du coup je supporte même la police comic sans ms dont je ne suis pas fan héhé)

pandora 12/09/2009 18:15


Désolée pour la police ;-)
Merci pour ton commentaire, ce que je voulais dire surtout c'est que les billets de ce blog ne sont pas aussi neutres qu'ils le seraient si mon blog ne traitait que de mes projets d'écriture.
Là, j'y mets beaucoup plus de moi en donnant les clés, ce que je ne ferais pas dans un texte écrit pour un AT où je pourrais être tentée de faire passer les mêmes émotions, mais sans que j'en sois
l'"héroïne"
Je suis heureuse en tout cas que mes billets te parlent ;-)


Cacoune 12/09/2009 12:55

L'accrocher, désolée... J'me suis plantée sur ce coup-là ! :o)Merci !

pandora 12/09/2009 14:17


Well done, bravo
Je m'incline madame , tu m'as filée une belle banane