Caresses

Publié le par pandora

Un exercice avec incipit pour les impromptus



Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient le cuir noir du volant. L’attente se prolongeant, ils pianotèrent sur des touches imaginaires. Impatients. Une mélodie que mon manque d’assiduité aux cours de musique m’empêchait de reconnaître.
La file de véhicules demeurait obstinément à l’arrêt et s’il ne poussait pas des ailes à mon bus, j’allais arriver en retard au travail. Une fois de plus. En attendant, je l’observais depuis la fenêtre de mon perchoir prolétarien : j’avais une vue imprenable sur la conductrice de la grosse berline allemande immobilisée tout à côté. Sur sa jupe courte qui lui remontait à mi-cuisse, dévoilant des genoux gainés dans un tissu fin brillant - je voulais croire que c’était des bas et non des collants. Sur sa chemise blanche entrouverte qui laissait apparaître une peau bronzée par les UV et un bout de dentelle blanche, à défaut de fruits plus savoureux. Sur un visage maquillé aux lèvres rouges que la contrariété enlaidissait. Et vieillissait.
Sur des mains aux doigts longs et fins, et aux ongles vernis : je suis un fétichiste des mains. Voyeur, je me satisfaisais de ce spectacle autrement plus attirant que ce qui m’attendait à l’atelier. Je n’avais pas envie de bouger.
L’attente se prolongeant encore, elle lâcha son volant pour se saisir de son sac à main posé sur le siège passager, me dévoilant davantage encore de son décolleté. Prit son téléphone, un de ces gadgets de geek dont le prix suffirait à me payer plusieurs mois de salaires. Se lança dans une conversation animée en s’aidant de quelques notes sorties d’une mallette de cuir rouge.
Travaille ma belle, moi je mate tes doigts qui courent sur les touches et tournent les pages.
Elle raccrocha enfin et regarda sa montre, nous n’avions toujours pas avancé.
Alors, vous ne le croirez pas, mais c’est pourtant la pure vérité, je vis un de ses doigts effilés aux ongles soignés se rapprocher de son visage et s’insinuer dans sa narine droite. Elle le ressortit et contempla d’un air satisfait le résultat de sa pêche. De sa main gauche, son index lui aussi effilé et soigné, appuya sur la commande d’ouverture de la vitre et la femme se débarrassa d’une pitchenette de son trésor.
La belle était une bête !
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mariev 23/09/2009 18:24


Excellent instantané ... On a presque tous eu, je crois, ce genre de déception   ;)


pandora 23/09/2009 22:30


Ce genre alors ;-)
J'ai installé une webcam pour les chats sur msn et je me méfie des gestes inconsidérés...
Pour tout dire, je n'ose même plus me gratter le nez ;)


Martine27 19/09/2009 11:20

Pour une chute, c'est une chute, dans tous les sens du terme !

pandora 19/09/2009 12:17


La belle est tombée de son piédestal ;-)
Et le mateur est tombé de haut !!


Godnat 18/09/2009 13:49

mdr ! Tu sais que j'adore tes chutes, souvent terribles, mais là j'ai explosé !

pandora 18/09/2009 18:01


De rire j'espère...
Godnat ?
Godnat ?
Tu es encore là ?


Plume Vive 18/09/2009 12:32

tu sais à quel point j'ai aimé et comme le personnage cracra peut se fondre avec le mien  ;-)

pandora 18/09/2009 18:00


Merci de me le redire ici
Oui, ils sont les deux faces d'une même femme ;-)


Thierry Benquey 18/09/2009 10:35

Excellent, j'ai bien ri, la chute étant particulièrement succulente...AmitiéThierry

pandora 18/09/2009 17:59


Non, pas succulente voyons, dégoutante ;-)
Amitiés