Nous revenions de notre visite du magnifique monastère de Puktal situé à flanc de montagne et aux longs escaliers escarpés. Cet endroit où les terrasses surplombent les bâtiments et où le monastère est construit tout en hauteur. Une sorte de mini forteresse. On nous a prévenus que, parfois, des moinillons farceurs s'amusent à cracher des terrasses les plus élevées sur les voyageurs imprudents qui n'ont pas pris avec eux leur tenue de pluie. Ca n'a heureusement pas été le cas pour nous.
Nous sommes revenus tard de cette petite marche parce que nous nous sommes arrêtés pour prendre un thé avec l'instituteur des moinillons. Nous lui avons laissé quelques fournitures pour les enfants, des stylos et des cahiers. Sa chambre est impressionnante, l'un des murs étant constitué par la roche de la montagne sur lequel le monastère est bâti. Les tapis au sol donnent une touche de chaleur mais j'essaye d'imaginer cet endroit au cœur de l'hiver quand il fait moins quarante dehors. Et cela me donne une idée de ce que peut-être l'hiver. Ailleurs.
Nous flânons en revenant, prenant des photos et discutant ensemble. Les warriors sont partis depuis un moment, mais le grupetto est fragilisé. Des gastros ont décimé ses rangs la veille ; les organismes sont fatigués et les estomacs barbouillés.
En arrivant au campement, nous nous attardons encore quelques minutes à la « buvette » pour y consommer cette boisson américaine que l'on trouve partout, même dans les coins les plus reculés de l'Himalaya. L'arrivée d'une curieuse caravane provoque une certaine agitation dans l'assistance. Elle est composée de trois personnes : une nonne au crane rasée et aux vêtements parmes, un moine plutôt âgé dont on nous dira plus tard qu'il s'agit d'un amchi, et un homme habillé en jaune doré et juché sur une mule portant des clochettes. Une deuxième mule suit, qui porte les bagages. Ce moine en tenue jaune est un Ringpoche, un grand Lama, une sorte d'évêque pour les bouddhistes.
Il est très souriant et il vient s'attabler à côté de nous sous les regards attentifs des ladhaki qui viennent le saluer respectueusement. Notre guide Anita, qui s'est convertie au bouddhisme, lui dit elle aussi quelques mots avant de le rejoindre à sa table. Nous assistons à la scène de loin, mais je suis particulièrement touchée par la dévotion des personnes présentes et la gentillesse de cet homme en jaune. Nous échangerons nous aussi quelques mots avec lui avant qu'il ne parte. Il nous dira en anglais qu'il est un de ces nombreux moines tibétains en exil et qu'il s'est installé dans un monastère au Canada. Il revient pour quelques mois en pèlerinage dans l'Himalaya et se rend à Puktal que nous venons nous-mêmes de quitter. Une longue marche pour accéder aux différents monastères nichés sur les hauteurs.
Une petite assemblée s'est constituée et quand le moment du départ semble être arrivé avec la nonne qui se lève pour rapprocher la mule, tous s'approchent pour demander une bénédiction. Le Ringpoche prend un peu de temps avec chacun, écoute attentivement ce qu'on lui confie, puis il pose une main sur leur front en récitant des incantations. Chacun repart heureux et probablement plus léger.
Photo de Yannick Arnoud
Il passe plus de temps auprès d'une jeune femme, à l'écouter en hochant la tête. Elle est malade et elle vient voir le Ringpoche pour qu'il la bénisse, mais aussi l'amchi pour qu'il la soigne. Le moine qui accompagne le ringpoche pratique la médecine tibétaine et il va passer beaucoup de temps avec elle, l'écoutant en lui tenant le poignet, attentif et concentré. Au bout d'un long moment, il relâchera sa main et lui donnera des petits sachets, de plantes probablement.
Photo de Yannick
Arnoud
Et la caravane reprendra les chemins escarpés pour rejoindre le prochain monastère.
Il y a
cinquante ans, le 10 mars 1959, les tibétains tentaient de se soulever à Lhassa contre l'occupation chinoise et le 17 mars le Dalaï Lama fuyait vers Dar am Salam pour se réfugier en Inde.
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