La petite fille qui voulait savoir
Episode 1
- Amélie, tu descends, c’est l’heure de manger !
Interrompue dans sa lecture, Amélie sursaute malgré la douceur de la voix de sa mère venue la chercher dans sa chambre.
- Il a l’air vraiment bien ce livre, ça fait trois fois que je t’appelle pour venir manger…
Allongée sur son lit, Amélie lui montre le livre dans lequel elle est si profondément plongée, l’encyclopédie des fées. Un livre dont toutes les illustrations ont été dessinées par sa tante Charlotte. Elle n’a pas encore pris le temps de le feuilleter, mais depuis plus d’une heure qu’elle tourne les pages, elle est sous le charme des fées royales vêtues de robes toutes plus belles que les autres, des fées guerrières à l’air redoutable qui chevauchent des licornes blanches, des fées magiciennes au chapeau pointu… Des fées toutes plus belles les unes que les autres qui vivent dans un pays extraordinaire.
- C’est le livre que Tatie m’a offert pour mon anniversaire. Tu savais que les fées avaient des belles robes, comme les princesses ? Tu vois, là, la fée des carottes, elle a une belle robe orange dorée qui brille sous les rayons du soleil, tellement que des fois tu ne peux pas la regarder sans te faire mal aux yeux. Et là c’est la fée des violettes, avec une robe mauve et une belle tresse dans laquelle il y a de minuscules fleurs de violette du pays des fées, parce que les fées sont toutes petites et elles vivent dans un monde à part.
- Mais ces fées sont presque plus belles que tes princesses …
Et la mère d’Amélie de montrer les nombreuses images qui tapissent la chambre de sa fille, depuis les murs jusqu’au couvre-lit et aux rideaux. Une chambre qui tient plus de la suite princière que de la chambre de petite fille.
- Non, quand même pas, mais elles sont jolies aussi… Maman, c’est vrai que je suis trop grosse pour rentrer dans une robe de princesse ?
- Mais non, qui t’a dit ça ?
- C’est Nicolas, il a dit que je ressemblais à une grosse patate et que je craquerais les coutures de leurs robes si j’essayais d’en mettre une… Il m’a aussi dit que les princesses avaient de beaux cheveux, pas comme moi… Ils vont repousser, dis maman ?
- Mais oui, ne t’inquiète pas. Ne l’écoute pas, il n’y connait rien aux princesses, c’est un garçon. Viens manger, maintenant, tu reprendras ton livre plus tard.
Les jours passent et Amélie se prend de passion pour les fées au point de ne plus parler que de cela, c’est tout juste si elle n’en oublierait pas ses chères princesses. Elle a fait une razzia sur les livres les concernant à son dernier passage à la bibliothèque pour pouvoir en apprendre plus sur elles. Parce qu’Amélie aimerait entrer en contact avec la fée qui s’occupe des petites filles. Aussi, un jour que sa tante Charlotte est venue leur rendre visite, elle décide de se lancer. Après tout, si sa tante dessine si bien les fées, elle doit bien savoir comment entrer en contact avec elles :
- Tatie, tu crois qu’elles existent vraiment les fées ?
- Bien sûr Amélie, tu as bien vu tous mes dessins, non ? Pourquoi tu me poses cette question ?
Amélie hésite un peu, regardant sa mère et sa tante, puis continue :
- Parce que j’aimerais vraiment en rencontrer une. Vraiment.
La mère d’Amélie intervient, connaissant l’imagination débordante d’Amélie mais aussi de sa sœur Charlotte :
- Oh, tu sais, les fées habitent dans un pays qui est très loin d’ici…
Amélie se tourne vers sa tante :
- Peut-être que je pourrais leur écrire une lettre ?
- Oui, bien sûr, comme ça tu pourras leur dire ce que tu as sur le cœur…
- Super, je vais pouvoir entrer en contact avec les fées. Je suis trop contente.
La mère d’Amélie jette un regard noir à sa sœur.
- Tu sais, Amélie, les fées doivent être très occupées, elles ne te répondront peut-être pas…
Charlotte veut ajouter quelque chose mais sa sœur lui lance un coup de pied sous la table, la faisant taire aussi efficacement que quand elles étaient petites filles. Mais Amélie est déjà partie comme une fusée dans sa chambre.
De sa plus belle plume, elle écrit un petit mot pour la fée des carottes qu’elle met dans une enveloppe décorée de petits cœurs rouges et qu’elle dépose, sur son bureau, entre deux pages de l’Encyclopédie des fées…
La petite fille qui voulait savoir (épisode 2)
Résumé de l’épisode précédent : Amélie est une petite fille qui s’est prise de passion pour les fées et qui rêve maintenant de les rencontrer. Sur les conseils de sa tante Charlotte (qui a illustré l’encyclopédie des fées), Amélie décide donc de leur écrire une lettre pour essayer de rentrer en contact avec la fée qui s’occupe des petites filles…
Durant la semaine suivante, la mère d’Amélie voit son enfant se transformer : Amélie ne mange plus à table et s’enferme dans sa tristesse sans se confier. Un matin enfin, Amélie aborde ce qui lui pèse tant sur le cœur :
- Maman, tu sais, finalement, je me demande si les fées existent vraiment…
- Ah bon, et pourquoi, Amélie ?
- Parce que si elles existaient vraiment, elles ne laisseraient pas une petite fille inquiète sans réponse, pas vrai ? Eh bien tout dépend. Peut-être sont-elles simplement très occupées….
- Oui, mais en une semaine, quand même, elles auraient eu le temps de venir relever leur courrier, même si elles habitent très loin…
Amélie regarde sa mère, hésitant entre lui dire tout de sa lettre aux fées et garder l’espoir que les fées viennent encore.
- Tu sais maman, je trouve que c’est très difficile de grandir, des fois je préférais quand j’étais petite et pas malade…
La maman ne répond pas mais prend Amélie contre elle, la serrant très fort et l’embrassant. Emue devant la détresse de sa petite fille qui n’a que neuf ans mais qui ne se considère déjà plus comme une enfant. Si les fées ne sont pas au rendez-vous, elle pourrait peut-être leur donner un coup de pouce en relevant elle-même le courrier…
En se couchant ce soir-là, Amélie va regarder l’enveloppe dans l’encyclopédie des fées, elle hésite à la prendre mais se dit qu’elle va encore donner un peu de temps aux fées pour se manifester. Peut-être étaient-elles juste trop occupées…
Elle verra bien demain.
Le lendemain matin, la maman d’Amélie entre à pas de loup dans la chambre, guettant la respiration lente et profonde de sa fille qui signe le sommeil, et se dirige vers le bureau pour y prendre la lettre. L’encyclopédie est là, mais elle a beau feuilleter les pages, elle n’y voit pas d’enveloppe. Où Amélie a-t-elle bien pu la mettre ? Elle ouvre doucement les tiroirs mais elle n’y voit toujours pas d’enveloppe. Elle remet le livre sur le bureau, s’approche de sa fille et la réveille doucement en l’embrassant tendrement sur la joue comme tous les matins, avant de passer dans la chambre de Nicolas.
Ce jour-là encore, la première pensée d’Amélie est pour la lettre des fées mais elle n’ose pas se lever tant elle a peur d’être déçue. Elle s’étire doucement et sent quelque chose d’inhabituel sous son oreiller. A la lumière de sa petite lampe de chevet, elle voit qu’il s’agit d’un petit bout de papier orange aux drôles de reflets. Son cœur commence à battre la chamade. Et si, et si… elle se lève d’un bond pour aller vers son bureau, elle ouvre l’encyclopédie des fées, la secoue, rien plus rien, la lettre n’est plus là, les fées sont passées… Elle n’ose pas ouvrir la petite lettre orange tant elle est émue. Les fées sont passées pour elle et elles lui ont même répondu ! Finalement elle sort de l’enveloppe un petit carré de papier blanc :
« Chère petite Amélie,
Nous avons eu ta lettre avec un peu de retard en raison de la grève de la fée des lettres et nous te prions donc de nous en excuser. Rendez-vous ce soir à minuit à côté des plantations de tomates pour y retrouver la fée des carottes. Elle sera ton guide dans le voyage vers le pays des fées. Ne sois pas en retard, nous avons prévu beaucoup de choses à faire.
PS : tu ne dois parler de ceci à personne, les adultes ne doivent pas nous voir
Tes amies les fées. »
Amélie lit et relit sa lettre, heureuse comme jamais. Elle s’habille rapidement et descend prendre son petit-déjeuner, embrassant sa maman au passage. Elle a tout d’un coup à nouveau très faim, elle a hâte que la journée soit passée et qu’elle soit déjà au soir…
La petite fille qui voulait savoir (épisode 3)
Résumé des épisodes précédents : Amélie est une petite fille qui s’est prise de passion pour les fées qu’elle rêve maintenant de rencontrer. Elle aimerait en effet poser une question. Après une longue attente due à un mouvement social, elle reçoit enfin leur réponse : rendez vous ce soir à minuit avec la fée des carottes pour un voyage au pays des fées…
La journée a été interminable. Après de longues hésitations, Amélie a choisi de ne rien dire à sa meilleure amie Coralie, les fées ont été claires dans leur lettre et elle ne voudrait pas rater le rendez-vous parce qu’elle na pas su tenir sa langue. Elle a rangé dans sa poche la petite lettre orange dont elle vérifie régulièrement la présence pour se rassurer. Il va sans dire que vue sa concentration, les résultats de la dictée du matin seront probablement décevants…
La soirée est encore plus terrible, elle feuillette distraitement un de ses livres sur les fées en demandant sans cesse l’heure à sa mère, au point de manquer de se faire punir… Et c’est enfin l’heure du coucher, 20h30, il reste encore plus de 3 longues heures à attendre. Elle va chercher son réveil qu’elle règle à 24 heures, pour le cas où elle s’endormirait, et le cache sous la couette en espérant que cela atténuera suffisamment le bruit pour que ses parents ne l’entendent pas. Elle se met finalement à réviser un peu dans son encyclopédie des fées pour ne pas être totalement ignorante quand elle arrivera au pays des fées. Ce ne serait pas très poli ! Elle éteint et se retourne quand elle entend ses parents monter l’escalier pour venir se coucher, sourit quand ils viennent l’embrasser l’un après l’autre, puis rallume doucement la lumière quand elle ne les entend plus. Il est 23h30, dans 20 minutes, elle se faufilera doucement pour aller à son rendez-vous. Comment doit-elle s’habiller ? Elle n’y a même pas pensé, elle ne peut quand même pas venir en pyjama quand les fées sont vêtues de si belles robes. Finalement, elle enfile les habits de la journée …
Tenant la lampe de poche qu’elle a subtilisée dans le tiroir de la cuisine, elle sort doucement dans le couloir. Il est 23h50, elle allume la torche et descend doucement les marches de l’escalier, évitant adroitement la 8ème marche, celle qui grince. Elle ouvre la porte sans faire de bruit et se dirige vers le potager où elle voit scintiller dans l’air une petite lumière orangée, dont l’éclat s’intensifie à mesure qu’elle s’approche. Saperlipopette, c’est une fée, la fée des carottes, elle est déjà arrivée. Amélie s’élance aussi vite qu’elle le peut vers les plantations de tomates.
- Te voilà enfin Sophie, j’ai failli me tromper de lieu de rendez-vous tant ces plantations sont déprimantes. Qui entretient ce potager ?
- Je m’appelle Amélie, pas Sophie ! C’est papa, pourquoi ?
- Et bien Marie, tu lui diras qu’aux pays des fées, on lui couperait la tête pour sa négligence. Il n’arrose jamais le jardin ? C’est de la pure maltraitance !
- Je m’appelle Amélie !
- Oh, vous, les humains avec vos prénoms, je ne m’en sors plus. Bon, allons-y avant d’être en retard. Prépare-toi à partir, Stéphanie…
Amélie ne peut s’empêcher d’avoir un léger mouvement de recul quand la fée des carottes dirige sa baguette vers elle, mais déjà, sous l’effet du sort, elles sont aspirées dans un tourbillon de couleurs. Amélie a l’impression que la fée grandit à ses côtés (mais en fait c’est bien sûr elle qui devient de plus en plus petite), et quand finalement toutes les deux ont la même taille, elles atterrissent doucement sur le sol, jonché de gros champignons multicolores creusés de portes et de fenêtres. Les plus petits ont des toits recouverts de plumes mais certains champignons, plus gros, sont recouverts de paillettes argentées qui brillent d’une lumière aveuglante. On distingue un peu plus loin, creusées à flanc de collines, des grottes dont la partie supérieure laisse passer des nuages de fumées rose, jaune et bleue qui se réunissent en un panache arc en ciel. Des escargots géants à la coquille dorée tirent des chariots de fruits et de graines. A côté d’eux, gardés par des fées tout de noir vêtues et à l’allure sévère, des lézards harnachés de protections de cuir traînent des coffres transparents contenant des pierres précieuses et des diamants. Et telles de magnifiques papillons, des fées volent majestueusement dans les allées. Si Amélie reconnait certaines des fées de son encyclopédie, d’autres lui sont par contre complètement inconnues. Elle est ainsi fascinée par une fée aux ailes diaphanes, toute blanche, tant sa peau et ses cheveux que ses vêtements. Toutes ces fées portent des robes plus magnifiques les unes que les autres et Amélie a un regard désolé sur ses vêtements ; la fée des carottes le remarque, et, d’un coup de baguette, l’habille d’une magnifique robe jaune. Comme Amélie la fixe d’un air ébahi, la fée des carottes lui sourit en lui disant :
- Bienvenue au pays des fées Julie. Suis-moi, nous devons aller chez la reine des fées qui veut te parler. Sais-tu que c’est un grand privilège, nous n’accueillons que très rarement des petites filles ici, mais ta lettre a ému la reine. Ne la faisons surtout pas attendre, je ne tiens pas à la mettre en colère et à être rétrogradée en dresseuse de scorpions bélier ou je ne sais quoi de pire…
- La reine des fées ? Je vais rencontrer la reine des fées ?
- Oui Mélanie, je te l'ai dit, la reine en personne veut s'occuper de toi. Tu as beaucoup de chance.... Ou pas ! Dépêche-toi de me suivre.
Et la fée des carottes s’envole. Amélie essaie de lui dire d’attendre, mais alors qu’elle essaie de courir pour la rattraper, elle sent qu’elle s’élève dans les airs.
- Je vole, c’est merveilleux ! lance-t-elle en la rejoignant.
- Pff, il suffit de vouloir pour pouvoir. Dans la limite du raisonnable bien sûr, la fée des comptes veille au grain.
Elles passent devant des arbres merveilleux aux fruits dorés ressemblant à des grappes de raisin mais poussant sur des branches, devant des parcs aux fleurs minuscules dont les parfums les enchantent au passage, devant des enclos où des mini-licornes blanches courent en liberté. Elles arrivent au pied d’un monticule sur lequel est bâti un bâtiment très étrange, de forme pyramidale tout en verre de couleur. C’est le palais royal devant lequel des fées guerrières veillent.
Les gardes ont été prévenues de leur venue, aussi Amélie et la fée des carottes entrent dans le palais sans que personne ne les arrête, et elles traversent de longs couloirs ornés de tableaux vivants représentant toute la lignée des fées antiques qui les contemplent sévèrement et commentent leur passage depuis l’intérieur de leur cadre. Elles débouchent enfin sur une vaste salle richement décorée dans laquelle une douce musique un peu irréelle fait vibrer les murs et est visible. On voit la musique !
Amélie regarde partout autour d’elle, émerveillée, sans se rendre compte que la pièce est soudain devenue silencieuse et que tous les regards sont fixés sur elle.
Du fond de la salle, une voix puissante s’élève, sévère :
- Te voilà enfin Amélie, tu nous as fait attendre...
Et la fée des carottes, l’air terrifié, s’aplatit par terre en une drôle de révérence, laissant Amélie faire face, seule, à la redoutable reine des fées…
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