Le portefeuille oublié

Publié le par pandora

Une lettre pour Kaléidoplumes sur le thème du mari et de l'amant


Monsieur,


Pour l’occuper à votre profit, vous n’êtes pas sans savoir combien mon travail est prenant aussi j’irai droit au but. Ne voyez aucune menace dans mes paroles, je ne suis pas jaloux et pour tout dire assez soulagé que vous preniez ainsi soin de mon épouse en mon absence. Je profite d’ailleurs de ce courrier pour vous en remercier, Marie-Chantal est particulièrement enjouée ces dernières semaines, au point de ne plus me reprocher de passer trop de temps à mon travail. Elle a même cessé d’éplucher mes relevés de carte bleue à la recherche de ces achats de courtoisie que je me vois obligé de faire dans un cadre toujours strictement professionnel. Même la plus dévouée des  secrétaires aime à recevoir quelque preuve de gratitude. Comment sinon fidéliser le personnel compétent ?


Ne vous inquiétez plus pour votre portefeuille que vous devez chercher partout, vous l’avez oublié dans le tiroir de ma table de nuit. Je ne voudrais surtout pas que vous perdiez votre temps en démarches administratives longues, fastidieuses et surtout parfaitement inutiles dans le cas présent. Du temps que par ailleurs vous ne consacreriez plus à mon épouse qui en serait probablement fort marrie. Et se défoulerait ensuite sur son pauvre mari, moi en l’occurrence.


Sans vouloir jouer au propriétaire, que je suis pourtant bien d’une certaine façon, j’aimerais toutefois profiter de ce courrier pour régler certains points :


Pour pouvoir vous organiser, sachez tout d’abord que je rentrerai plus souvent après 22 heures les prochains mois puisque ma secrétaire sera beaucoup plus disponible pour, comment dire, travailler avec moi le soir pendant que son ami s’entraine pour le marathon de Paris. Cela vous permettra de prendre davantage votre temps, je crois me souvenir (même si je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre) combien Marie Chantal aimait les préliminaires.


Je vous demanderai, par contre, de cesser d’utiliser mon peignoir après vos ébats. Si je conçois la nécessité d’une douche, je trouve particulièrement peu hygiénique l’utilisation d’une chose aussi personnelle que mon linge de corps. Je  vous propose donc de vous en faire acheter un à l’occasion de ces fêtes de fin d’année. Ce sera mon cadeau de Noël.


Enfin, j’aimerais que vous vous fassiez plus discret quand vous venez voir mon épouse. Vous faire passer auprès de la concierge pour un neveu qui vient voir sa tante aurait pu être une excellente idée avec l’importante différence d’âge qui vous sépare. Mais  vous êtes -  j’espère ne pas paraitre grossier- noir.  N’y voyez aucun racisme, je ne suis gêné ni par votre couleur de peau, ni par votre âge. Simplement, c’est assez peu crédible en ce qui concerne la lignée des Bergerac et fait jaser dans l’immeuble. Je ne suis pas jaloux mais le mot « cocu » ne me sied guère. A l’avenir je vous propose donc de vous faire passer pour le coach sportif de mon épouse, j’ai cru comprendre que votre silhouette d’athlète se prêtait davantage à ce petit mensonge.


En vous remerciant encore, je vous adresse mes plus chaleureuses salutations


Charles Hubert de Bergerac, Vicomte de la Boutonnière.

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ddlaplume 22/12/2008 07:41

Bonjour Pandora,   Tout en étant cocu, l'homme se conduit avec un savoir vivre exemplaire.    Il se comporte comme un prince, dont la plume écrit avec justesse et vivacité, la finesse de sa dignité.    Bises.    dédé.

Tisseuse 21/12/2008 21:52

diantre, quelle belle âme :o)

godnat 21/12/2008 11:36

Que c'est noble !

Thierry Benquey 21/12/2008 10:48

Excellent, tout en finesse, voire tout en dentelle puisqu'il s'agit d'un de Bergerac. J'ai bien aimé et je vous tire ma révérence. Amitié. Thierry

martine27 21/12/2008 10:36

Sacré Charles Hubert, la classe quand même. J'ai hâte de voir la réponse