Pandora, sa (pseudo)famille et les impromptus

Consigne des épices

Chers Impromptus,

Je vous avais envoyé mardi dernier un joli texte sur un homme à la chevelure poivre et sel qui se fait enlever par des extraterrestres. Ceux-ci, pour se divertir pendant le trajet de retour vers leur planète, le torturent en lui faisant renifler différents poivres attaché sur une chaise (enfin sur l’équivalent martien de la chaise…). Ce texte un peu dur, nous permettait de nous évader à la Jamaïque, à Penja et au Sichuan, et même au paradis, grâce aux très nombreuses sortes de poivres existantes… j’en avais compté 12 variétés. Un très beau texte vraiment, décrivant les tourments intérieurs de cet homme qui résistait, le malheureux, pour ne pas éternuer.

Mais j’ai reçu votre premier mail de refus :

 « Nous sommes désolés Pandora mais votre texte, pourtant magnifiquement écrit, ne répond pas à la consigne, le poivre et le sel sont des assaisonnements et non des épices. Nous vous proposons de le réécrire pour qu’il respecte cette fois la consigne… Bla bla bla...bla bla bli »

Terriblement déçue, mais en gentille auteure disciplinée, j’ai donc retravaillé mon texte, et je l’ai même quasiment réécrit. Cette fois il parlait d’une héroïne enlevée par des pirates au quatorzième siècle, qui pour se divertir parce que leur télévision est cassée la torturent en la tartinant de différentes sortes de moutardes. Savez-vous qu’il existe plus de 16 moutardes différentes sur wikipédia ? Anglaise, allemande, dijonnaise, américaine, de Brive, de…. Encore un texte très fort donc, qui décrit la souffrance de cette femme résolue qui résiste courageusement alors que le jaune ne lui va absolument pas au teint. Un drame psychologique que je vous ai à nouveau envoyé pour qu’il soit publié cette semaine.

J’ai attendu impatiemment toute la journée du mercredi devant mon ordinateur en guettant la parution de mon si bon texte. Toute la journée. Pour rien, j’ai reçu votre deuxième mail de refus à 23 heures…

« Nous sommes terriblement désolés Pandora mais votre deuxième texte, pourtant merveilleusement écrit, ne répond toujours pas à la consigne, la moutarde est un condiment et non une épice. Nous vous proposons de le réécrire pour qu’il intègre cette fois la consigne… Bla bla bla...bla bla bli »

Ma déception était grande, mais je n’ai pas renoncé…

Et une nouvelle idée de texte a jailli de ma nuit pourtant agitée par des cauchemars où les pots d’épices de ma cuisine, en format géant, me poursuivaient avec un hachoir. J’allais écrire une recette unique à base d’épices (et je vérifierai que ce ne sont ni des condiments, ni des aromates) comme ça vous ne pourriez plus refuser mon texte, ma création personnelle.

Et j’ai passé la journée du jeudi à goûter diverses décoctions préparées à partir des nombreuses variétés d’épices que j’ai dans mon placard: paprika, gingembre, céleri, curry, cannelle, girofle, basilic, laurier, anis étoilé, quatre épices... Préparations pas toujours très savoureuses. J’ai dû m’arrêter en fin d’après-midi parce que je me sentais mal. J’ai été prise en charge pendant la nuit par le SAMU qui m’a conduite au centre antipoison de ma ville où je suis hospitalisée depuis 5 jours. Intoxication aux épices. Il paraît que j’ai vraiment frôlé la mort.

Alors je vous écris ce petit message, que je vous fais parvenir par l’intermédiaire d’une infirmière complice, pour vous prévenir que je ne participerai plus à vos exercices, mon mari me l’a interdit. Il est très fâché contre vous et il ne veut plus que j’aille sur votre site. Il dit que ce qui m’arrive est de votre faute avec, je cite, « vos satanées épices ».

Mon mari a résilié notre abonnement internet et j’ai dû lui promettre de ne plus jamais vous contacter. La moutarde lui est vraiment montée au nez. Désolée.

Ceci met fin à nos échanges épices-tolaires.

Pandora





Consigne de la tâche de vin

Assis à mon bureau, je suis plongé depuis le début de la soirée dans un rapport complexe et explosif dont les conclusions sont très attendues, et dont la rédaction est un vrai casse tête. Chaque mot est pesé, chaque phrase est ciselée, lue et relue pour rester dans le diplomatiquement correct, bref un cauchemar. Encore plus difficile que de rédiger un texte sur une consigne d’écriture, c’est dire ! Je suis brutalement interrompu par l’arrivée tonitruante et impromptue de ma chère et tendre épouse Pandora :

 

 

« Mon chéri, devine d’où je viens… »

Je réponds, sans la regarder, histoire de lui faire comprendre que je suis très occupé et donc fort peu disponible :

- De ta coiffeuse ?

-Fais un petit effort, si tu levais tes yeux du boulot que tu n’es plus sensé ramener à la maison je te le rappelle, tu verrais que ça ne peut pas être le coiffeur…

Plus moyen d’y échapper, et en plus c’est vrai que je lui avais promis d’arrêter de travailler le soir en rentrant pour passer plus de temps avec elle. Pour me faire pardonner je décide donc de faire une vraie pause. Je la regarde, elle ne me paraît pas changée, pas de nouvelle coiffure, pas de nouvelles lunettes. Elle a l’œil qui pétille, signe qu’elle est de très bonne humeur, et elle porte le petit tailleur si sexy que j’aime tellement … Je vais probablement faire un break plus prolongé que prévu ! D’où peut-elle bien revenir ?

- Voyons un peu, de ta masseuse ? 

- Non

-De ton esthéticienne ?

-Non

- De ta relookeuse ?

- Non, tu es très loin.  Allez je te le dis, je suis allée chez la voyante dont Agatha m’avait parlée, tu sais celle qui lui avait prédit que Boléro se casserait une patte en tombant dans le jacuzzi.

Une voyante, cela faisait longtemps… Encore une découverte de la meilleure amie de ma femme, Agatha, une vraie folle qui ne sort jamais sans son bichon parme Boléro (c’est vraiment la couleur dans laquelle le chien ressort du toiletteur). Une autre de ses idées de génie, donc, après l’astrologue et le psychanalyste pour chien (pour notre Yorkshire, pas pour mon épouse !). Pandora est vraiment très imaginative pour dépenser l’argent que je m’escrime à gagner, et encore plus quand elle se fait conseiller par son amie.  

- Elle est vraiment fantastique, tu aurais dû voir, elle est très spéciale et n’a rien d’une bonimenteuse de quartier. D’ailleurs tu ne croiras jamais dans quoi elle lit l’avenir…


-Si je ne le croirai jamais…

Elle me regarde d’un œil noir, trouvant que je ne joue pas assez le jeu, mais elle a tellement envie de me raconter la suite qu’elle continue aussitôt :

-Elle lit dans les tâches de vin. Tu renverses un peu de vin rouge sur le tissu d’un vêtement que tu as porté (il faut qu’il ait été porté suffisamment longtemps pour qu’il soit bien imprégné de tes vibrations profondes) et cela fait une tâche qu’elle regarde pour savoir ce qui va t’arriver. Et pour moi, elle n’a vu que de belles choses, que du bonheur. Il faut dire qu’avec le vin de ta cave, ce ne pouvaient être que de grandes choses !

Un frisson glacé me parcourt l’échine, le vin de la maison est stocké dans la cave et le bon vin dans MA cave à vins réfrigérée et maintenue à humidité constante comme il se doit. Si ma femme ne connait rien au vin, l’œnologie est ma vraie passion, mon plaisir, la façon dont je dépense de mon côté l’argent que je m’escrime à gagner. J’y descends régulièrement pour caresser quelques bouteilles, les faisant tourner délicatement dans mes mains, passant le doigt sur les étiquettes des crus tous plus prestigieux les uns que les autres : Château Latour, Château Margaux, Chateau d’Yquem, Château Mouton Rotschild, Petrus, ….  Chaque bouteille est un coup de cœur… et représente une coquette somme d’argent, mais quel plaisir à savourer. Je lui demande donc avec un peu d’anxiété dans la voix

-Pandora ma chérie, tu as bien pris le vin dans LA cave où Maria stocke le vin pour la semaine et la cuisine, pas dans MA cave ?

-Du vin de cuisine ? Mais mon amour, je n’allais quand même pas me faire lire l’avenir dans de la vulgaire piquette ! Non j’ai pris une des bouteilles de ta cave, mais ne t’inquiète pas, je n’ai pas choisi un de tes grands bordeaux hors de prix. Je ne suis pas complètement stupide. J’ai pris du vin Italien, un truc qui finit en -i, Romanée-Conti je crois.




Consigne des fromages

Impromptus de  %M£§ù§ M!:<!:M

Alors vous, décidément, vous en voulez vraiment à notre famille…

Après les épices, vous vous attaquez maintenant aux fromages, après tout ce que vous nous avez déjà fait. Je suis plutôt bonne pâte mais là je trouve que vous exagérez. Vous avez failli tuer mon épouse (clic sur le lien pour en savoir plus) et maintenant c’est mon tour ? C’est comme ça que vous me remerciez de la laisser participer à vos jeux d’écriture sur le dos du dragon après un nouveau départ ?  (Vous devriez d’ailleurs peut-être penser à grandir un peu, est-ce encore bien raisonnable à vos âges ?).

Comment ça il n’y a pas de quoi en faire un fromage ? Je voudrais bien vous y voir, vous. Parce que vous ne connaissez pas Pandora aussi bien que moi, quand elle suit une consigne, elle n’y va pas avec le dos de la cuiller (de cancoillotte) et ne chaumes pas. Elle s’implique à fond, nous impliquant de la même manière. Malgré nous.

A cause de vous, voici le menu de la semaine :

Lundi midi : raclette

Lundi soir : Fondue au fromage de cantal

Mardi midi : pizza 4 fromages

Mardi soir : tomates mozarella avec pâtes au parmesan

Mercredi midi : soufflé au fromage

Mercredi soir : reblochon au four

Jeudi midi : Crottins tiède sur salade verte et salade de gruyère

J’arrête là parce que j’ai envie de vomir (et je n’ai même pas encore commencé à manger). Et je ne vous parle même pas du fromage après le repas, munster (sans cumin, les épices sont désormais persona non grata chez nous), camembert fermier, morbier ou de la tarte au fromage.

Vous voulez vraiment faire exploser mon taux de cholestérol au point de m’envoyer au cimetière?

Vous voulez qu’on attrape tous la listériose ? (et non, je ne suis pas enceint ... Pandora non plus d’ailleurs, mais ça n’est pas une raison !)

Vous tenez à ce point à rendre nos conditions de vie épouvantables ?

Sachez que nous subissons actuellement une attaque au gaz à chaque ouverture de réfrigérateur. Cela sent plus mauvais que si vingt moines s’étaient dé-Chaussés (aux moines !) au point que notre petite fille refuse désormais de rentrer dans la cuisine et que Plouky, notre chien pourtant fidèle, épluche les petites annonces à la recherche d’une nouvelle famille d’accueil. Et je ne parle même pas de notre poisson rouge qui essaie de creuser un tunnel dans son aquarium pour se sauver par les conduites des toilettes.

Nous n’en pouvons plus. Rendez-moi la Pandora que je connais, tout guillerette et mimolette, ma belle des champs. Qu’elle nous refasse à manger comme avant. Surgelé, vite fait, brûlé, raté… bref comme on en a l’habitude. Mais sans ces foutues couches de fromage qui me collent le bourdon. Je ne fais pas de caprice, des dieux ou du diable, je n’en peux simplement plus.

Alors virez moi cette consigne tartare dare-dare ou je fais un malheur (et sans Leerdamer !), là-dessus vous pouvez Comté sur moi.

Je ne vous (Port) Salue pas.